On trouve dans l’évangile de Matthieu, au moment de l’appel de ses premiers disciples alors en train de pêcher, cette parole de Jésus qui fait écho à la conclusion de notre épisode : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Mt 4,19). Pêcher des hommes, pêcher des êtres humains : quelle curieuse image pour décrire la vocation de disciple du Christ et la mission de l’Église ! S’agirait-il d’arriver à prendre dans nos filets le plus de gens possible, quitte à user pour cela de tous les moyens à disposition, allant des grosses ficelles émotionnelles jusqu’aux arguments les plus spécieux ?
Si l’image de la pêche est problématique, c’est parce qu’elle semble faire de l’évangélisation une activité prédatrice, consistant à capturer des proies. Évangélisation, d’ailleurs, est un mot qui met souvent mal à l’aise, parce qu’il rimerait avec colonisation, ou avec manipulation, pression. La contrainte n’est pas bien loin, et il faut reconnaître que les Églises, par le passé, n’ont pas hésité à recourir à la violence, qu’elle soit symbolique ou réelle, certes pour le salut des personnes qui étaient visées. C’est bien connu, l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Contact : Sébastien Gengembre